Le monde d’après #2

(Image iStock)

Si vous êtes plutôt un ou une révolutionnaire… depuis votre canapé, je vous invite à découvrir cette rubrique ! 

Je vous propose un petit rendez-vous société, car tout ce qui touche à la façon dont le monde fonctionne me passionne.

Au programme : tous les mois, vous découvrirez 6 portraits d’acteurs ou de lanceurs d’alerte qui analysent, pensent ou ont pensé le monde de demain, dans les domaines qui touchent les différentes sphères de notre organisation en société.  

Que ce soit par les idées ou par les initiatives concrètes, vous aurez peut-être une idée de ce qu’on appelle : « la convergence des consciences », expression chère au penseur de terrain Pierre Rabhi. 

Ce mois-ci, « l’intelligence artificielle » est à l’honneur !

Portraits

Culture

Octavio Kulesz… l’IA (intelligence artificielle) et la culture

(Image World Press Freedom Conference)

Octavio Kulesz, éditeur, chercheur et philosophe argentin, est connu pour son étude sur l’édition numérique dans les pays en développement publiée en 2011. Membre de l’association « Alliance internationale des éditeurs indépendants » qui a développé la notion de bibliodiversité, il a permis grâce à son étude, de créer « l’Alliance Lab », un laboratoire qui propose « aux structures éditoriales, des solutions adaptées et respectueuses des écosystèmes locaux dans le domaine du numérique. »

Il publie en 2019 l’étude qui nous intéresse ici, intitulée « L’intelligence artificielle dans l’art et les industries culturelles et créatives. »

Avant d’en savoir plus sur cette étude, petit rappel sur ce qu’est l’intelligence artificielle. L’IA est le résultat des techniques mises en œuvre par l’humain, visant à rendre les machines capables de simuler l’intelligence humaine grâce à des algorithmes. C’est une machine qui se nourrie de données analysées par les algorithmes et qui devient donc capable de produire une intelligence similaire voire supérieure à l’humain.

Petit aperçu de l’association artistique avec une IA avec le projet Flow machines de Spotify :

Dans son étude, et plus particulièrement dans le paragraphe concernant « Les enjeux sociétaux de l’IA dans la culture » , Octavio Kulesz fait le constat que l’IA est une « opportunité de création d’emplois » comme « artistes codeurs d’algorithmes, entrepreneurs et autres professionnels qui combinent créativité et savoir-faire IA. Mais en parallèle, les artistes traditionnels généralement non familiarisés avec les applications ou les outils d’apprentissage automatique, feront face à de grandes difficultés d’adaptation. »

Il affirme que « de manière générale, le secteur culturel rencontrera de grandes difficultés à cause de la faible quantité d’informations qui circulent dans ce secteur et que s’il ne produit pas une masse importante de données, il rencontrera de grandes difficultés au moment de la mise en route d’initiatives IA ».

Il note qu’il pourrait y avoir « un appauvrissement de la culture partagée, du fait d’une IA qui proposerait exactement les goûts de l’individu grâce aux algorithmes de recommandation automatisés. »

Selon lui, « les disparités apparaîtront entre pays du Nord et pays du Sud, au détriment des pays du Sud dans lesquels l’expertise en IA est moins abondante et avec une émigration des experts et entrepreneurs créatifs du Sud vers le Nord. Cela accentuera selon lui la fuite des talents vers le Nord, ainsi que l’appauvrissement de la vie culturelle locale. » Il cite comme exemple « l’art africain de demain qui ne viendrait peut-être plus du Mali ou du Sénégal, mais de centres d’apprentissage profond établis dans les pays du Nord. »

S’ajouteraient à ces disparités Nord-Sud, « des inégalités de genres du fait que les femmes sont beaucoup moins nombreuses que les hommes dans l’industrie IA. » De manière plus globale, il constate « une faible représentation des minorités dans le monde technologique, ce qui pourrait entraîner une contamination de l’art du futur par toutes sortes de biais et de stéréotypes sociaux. »

Face à ce constat d’inégalités générées par l’IA, il propose quelques solutions :

  • Développer une quantité de données afin d’alimenter l’IA.
  • Multiplier les bases de données ouvertes et concevoir des plateformes qui mutualisent les informations issues du secteur, ou qui lui sont destinées.
  • Se former à l’apprentissage automatique en général, et à ses applications à des secteurs spécifiques — musique, arts visuels, médias, édition de livres, audiovisuel, mode, etc.
  • Participation des acteurs culturels à des manifestations autour de l’IA — rencontres d’intérêts (meetups), concours d’innovation (hackatons), camps d’entraînement (bootcamps), conférences — au cours desquels ils pourront échanger avec des programmeurs, des chercheurs et autres membres de cette communauté aussi riche que dynamique.
  • Travail de groupe : le réseautage entre différents représentants du monde de l’IA et de la culture constitue une opportunité de veille technologique en même temps qu’il rend possible la construction de nouvelles collaborations à long terme du fait de la complexité du travail avec les algorithmes qui exige un abordage multidisciplinaire.
  • Investissement du champ de l’IA par le secteur public compte tenu du fort potentiel culturel et économique de l’IA appliquée aux arts, en soutenant les acteurs culturels à travers formations, manifestations, résidences, attribution de prix, réseautage avec les universités et le monde de la technologie, création de centres d’art IA et autres initiatives capable de conférer une plus grande visibilité à cette tendance.

Sources : L’intelligence artificielle dans l’art et les industries culturelles et créatives ; Futura Sciences ; L’Alliance internationales des éditeurs indépendants ; Lien Multimédia ; Quand l’intelligence artificielle concurrence les artistes

Sciences technologiques

Elon Musk… des bribes d’IA dans notre cerveau

(Image CNET France)

Elon Musk est entre autres le PDG de l’entreprise Space X, le directeur général de Tesla et le fondateur de la start-up Neuralink.

C’est avec Neuralink qu’il espère mettre l’humain au même niveau que l’IA, afin que l’humain ne devienne pas le « petit chat des robots » . Il souhaite intégrer un implant dans le cerveau humain, qui « boosterait » ses neurones via des cordons cérébraux, des sortes de petits câbles très fins. Le but ?

« Augmenter les capacités cognitives » de l’Homme, afin qu’il ne se fasse pas « dépasser par l’IA » d’une part et « servir la médecine » d’autre part.

Servir la médecine en aidant les personnes « atteintes de pathologies neurologiques comme la maladie d’Alzheimer ou atteintes de certaines formes de paralysies liées à la lésion de nerfs. Les aider à manipuler leur smartphone par la pensée par exemple » . Il a donc testé son projet en août 2020, avec un prototype de son implant intégré dans le cerveau d’une truie qui se prénomme Getrude. Les résultats sont donc en cours et « l’objectif à très court terme est d’implanter cette puce informatique dans le cerveau humain » . De nombreuses entreprises investiraient dans le domaine de la recherche du « contrôle des ordinateurs par la pensée et d’autres interfaces cerveau-machine » . Son concurrent Mark Zuckerberg (Facebook) travaillerait sur un projet similaire et serait parvenu via « des algorithmes, à traduire en mots l’activité du cerveau », par exemple « taper les touches d’ordinateur par la pensée » .

Sources : Numerama ; Futura Tech ; Catalix ; France info ; Futura Tech

Ouvrages sur le thème pouvant être empruntés dans les médiathèques du réseau Grand Orly Seine Bièvre : L’intelligence artificielle et les chimpanzés du futur : Pour une anthropologie des intelligences ; Turing à la plage : L’intelligence artificielle dans un transat ; L’ intelligence artificielle ou L’enjeu du siècle : anatomie d’un antihumanisme radical ; Nouvelle enquête sur l’intelligence artificielle : Médecine, santé, technologies : ce qui va changer dans nos vies ; Intelligences artificielles : Miroirs de nos vies

Consommation

Ma Yun dit Jack Ma… l’IA au service de l’agriculture mondiale

(Image L’Express)

Créateur du site de commerce en ligne Alibaba.com et président d’Alibaba Group, Ma Yun a décidé de mettre sa branche data intelligence (service d’analyses de données) au service de l’agriculture.

Avec Alibaba cloud, il met « le cloud et l’IA » (intelligence artificielle) « au service des agriculteurs, pour optimiser la rentabilité des exploitations, augmenter la productivité, améliorer la qualité de la nourriture et mieux gérer les ressources » avec sa solution Agriculture brain.

Agriculture brain permettrait d’aider le monde agricole en « combinant solutions IA, de reconnaissance d’image et vocale, de modèles de prévision climatiques et d’acquisition de données satellites. Cette solution permettrait également de préserver la santé et le bien-être animal grâce à la technologie d’images et de sons. »

Pour cela, plusieurs capteurs sont installés dans la zone agricole afin d’optimiser l’environnement agricole. « Avec un accès facile à des informations géospatiales actualisées, un coût d’infrastructure réduit, moins de travail et une installation facile, les outils modernes peuvent non seulement aider les agriculteurs, mais aussi le ministère de l’Agriculture (de Chine), à gérer efficacement la planification de projets à grande échelle. »

Sources : NextInpact ; Decideo ; Terre-net ; Wikipedia

Vivant

Gaspard Koenig… morts-vivants ?

(Image franceinfo)

Dans son ouvrage La fin de l’individu : Un philosophe au pays de l’intelligence artificielle, Gaspard Koenig philosophe et écrivain, « redoute la fin de l’individu autonome et responsable. »

Le philosophe développe « l’idée que le triomphe du bien-être, rendu possible grâce aux algorithmes, signera l’abdication de nos libertés » . Il estime que « les applications industrielles de l’IA, qui se développent de manière fulgurante, tendent à éliminer le choix individuel de nos existences » et « qu’à force d’économiser ses fonctions cérébrales, l’humain perdra pour de bon l’habitude de prendre ses propres décisions » . En effet, d’après lui, « une fois soumis à l’IA, le cerveau s’expose alors à toutes sortes de manipulations, même bienveillantes » . Il redoute « l’introduction à grande échelle de « nudges » dans les algorithmes, qui sont des techniques visant à orienter notre comportement sans contrainte et sans que l’on ne s’en rende compte. Une sorte d’intelligence artificielle nounou » .

D’après ses recherches, le philosophe craint une « disparition du libre arbitre ce qui entrainerait toute une série de transformations » . « L’art sans libre arbitre » par exemple « représenterait un art sans artiste en créant un algorithme capable de composer comme Bach » . Quant à elle, la science sans libre arbitre serait une science sans causalité et la théorie, fruit de la réflexion humaine, serait rendue obsolète par le déluge des data et la puissance des corrélations. La prédiction de nos comportements pourrait suffire à ajuster l’offre à la demande. »

Comme solution, il propose de « remettre un peu d’humain dans l’IA, et surtout lui redonner du sens » . Gaspard Koenig « imagine une règle supérieure d’ordre moral » dans laquelle « nous définirions par avance les normes que nous souhaitons imposer aux algorithmes qui nous gouvernent même si celles-ci sous-optimales pour le groupe. »

Sources : https://www.lesechos.fr/idees-debats/livres/intelligence-artificielle-peur-sur-le-moi-1131378 ; gaspardkoenig.com

Ouvrage de l’auteur pouvant être emprunté dans les médiathèques du réseau Grand Orly Seine Bièvre : La fin de l’individu : Voyage d’un philosophe au pays de l’intelligence artificielle

Économie

Christiane Marty… des services publics à but non lucratif

(Image Babelio)

Christiane Marty est ingénieure et est notamment membre du Conseil scientifique d’Attac, une association qui milite pour la justice fiscale, sociale et écologique.

Cette chercheuse évoque la possibilité d’une « prise en charge socialisée des besoins fondamentaux« .

Selon elle, « il y aurait un processus en cours de marchandisation des services de la santé, de l’éducation… , qui serait plus avancé en ce qui concerne les maisons de retraite, ce qui aboutit à une forte inégalité en termes de desserte territoriale et de prix » . « L’exigence de rentabilité qui y prévaut » selon elle, « serait incompatible avec l’objectif de fournir un accès égalitaire à des services de qualité, respectueux des personnes, à un prix abordable » .

Elle affirme que « les besoins dans le domaine de la petite enfance et de la dépendance, sont des besoins sociaux fondamentaux, autant que ceux dans la santé ou l’éducation : ils ont vocation à être socialisés et assurés par des services publics. Chaque enfant devrait pouvoir trouver un lieu d’accueil avant l’âge de la scolarité et que chaque personne âgée ou en situation de handicap, devrait être assurée de trouver l’aide nécessaire. Seul le principe de service public reposant sur la solidarité et la socialisation des coûts peut assurer une telle prise en charge, avec une égalité des conditions d’accès sur le territoire (« on peut même réfléchir à aller vers la gratuité comme moyen de rendre effective la logique de droits universels »). »

« L’autonomie financière serait » selon elle « une condition de base pour l’émancipation. Cette condition serait valable pour toute personne, mais serait encore plus décisive pour les femmes » (souvent dans une situation plus précaire), « sujettes à des normes sociales qui leur attribuent les responsabilités familiales vis-à-vis des enfants et des proches dépendants  » . Christiane Marty « constate alors l’existence d’un véritable enjeu social pour l’ensemble de la société, à répondre de manière satisfaisante aux besoins liés à l’accueil de la petite enfance et à l’aide aux personnes en perte d’autonomie » .

De ce constat global, l’ingénieure propose quelques solutions :

  • « des services publics à but non lucratif : petite enfance et dépendance. »
  • « la reconnaissance de l’utilité des métiers à dominante féminine et transformation sociale. »
  • « un service public de la petite enfance qui pourrait regrouper tous les modes de garde : crèches, haltes-garderies, jardins d’enfants et assistantes maternelles. Son point de vue est que la norme de l’accueil devrait être la crèche publique ou associative avec une mission de service public. »
  • « définir un service public de la dépendance ou de l’autonomie, qui permettrait d’articuler les différentes structures existantes, organismes de services à la personne et EHPAD, et d’homogénéiser les coûts. Une organisation rationnelle au niveau local permettrait de regrouper les déplacements auprès des particuliers situés dans un proche voisinage et ainsi de réduire les dépenses d’énergie et les temps de trajets des personnels. Cette organisation permettrait de garantir une vie digne avec comme objectif de répondre au mieux aux besoins et aux souhaits des personnes dépendantes, car aujourd’hui, de nombreuses personnes n’ayant pas ou plus leur autonomie expriment le souhait de rester vivre chez elles et lorsqu’elles peuvent le faire, ce n’est que grâce à l’investissement de leurs proches, les aidants. »

Ces services publics « fonctionneraient sous le contrôle démocratique des associations d’usagers (parents d’enfants et proches des personnes dépendantes), des organisations syndicales et des élu·es locaux » .

Source : Reconnaissance de l’utilité des métiers à dominante féminine transformation sociale

Ouvrage de l’auteur pouvant être emprunté dans les médiathèques du réseau Grand Orly Seine Bièvre : Un impôt juste pour une société juste

Social & Institutions

Alexandra Riguet… et nos enfants alors ?

(Image onlinehome.fr)

« Journaliste et réalisatrice de documentaires, Alexandra Riguet a dans l’espoir d’aider à améliorer le sort des personnes les plus fragiles et mettre en avant ceux qui n’ont jamais la parole. »

« Ces documentaires ont été des outils de référence dans la démarche politique d’amélioration de la Protection de l’enfance. Documentaire nominé pour le prix Impact du Festival International du Grand Reportage d’Actualité et du Documentaire de Société parrainé par Amnesty International qui récompense des films ayant provoqué des changements tangibles, positifs et concret. »

A travers son livre et son documentaire, Alexandra Riguet retrace l’enquête menée durant plus de quinze années afin de comprendre le fonctionnement de l’Aide Sociale à l’Enfance (ASE). Elle y a découvert des problématiques qui mettraient en danger nos enfants.

Source : onlinehome

Ouvrage de l’auteur pouvant être emprunté dans les médiathèques du réseau Grand Orly Seine Bièvre : Enfants en souffrance, la honte : le livre noir de la protection de l’enfance

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