Passion simple

Annie Ernaux – Paris, Gallimard (Coll. Blanche), 1991, 80 p.
« À partir du mois de septembre l’année dernière, je n’ai plus rien fait d’autre qu’attendre un homme : qu’il me téléphone et qu’il vienne chez moi.” (Quatrième de couverture)

Qui n’a jamais rêvé de vivre une passion amoureuse ? Qui n’a jamais ressenti ce besoin de l’autre ? Cet état de manque incontrôlable comme une fièvre qui vous prend jusqu’à provoquer l’insomnie et qui vous donne toujours l’impression de voir l’être aimé(e), même lorsque vous êtes pleinement éveillé ?
Son histoire, Annie Ernaux la raconte dans un court roman : Passion simple paru en 1992 Elle y raconte la relation passionnelle qu’elle a vécue pendant quelques mois avec un homme marié et vivant à l’étranger
Toujours dans l’attente d’un signe, d’une affection de la part de l’homme qu’elle aime si passionnément et aveuglement, la narratrice tente de décrire l’indescriptible : Cette passion brulante et dévorante qui la ronge jusqu’au plus profond d’elle-même au point de s’oublier et de disparaître dans l’homme qu’elle aime.

EXTRAIT:
« Souvent, j’avais l’impression de vivre cette passion comme j’aurais écrit un livre : la même nécessité de réussir chaque scène, le même souci de tous les détails. Et jusqu’à la pensée que cela me serait égal de mourir après être allée au bout de cette passion – sans donner un sens précis à « au bout de » – comme je pourrais mourir après avoir fini d’écrire ceci dans quelques mois.« 

Mon avis :
Un récit vrai au plus près des sensations. Annie Ernaux part du matériel autobiographique pour écrire une liaison impossible et la douleur de l’attente amoureuse. Sujet de son propre livre, l’auteure se livre sans honte ni concession dans un style épuré et dénué d’artifices pour dire son expérience. Prisonnière de son propre désir, elle subit le fait d’aimer de manière confuse et pulsionnelle. Écriture du désir et du manque, ce livre témoigne avec sincérité et singularité de ce sentiment qui nous tombe dessus sans crier gare.
Le mot « passion » témoigne de la force de cet état affectif mais il est aussi symbolique : Le terme de « passion » vient de pathere, souffrir, et selon le Littré, désigne en son sens premier la souffrance christique, mystique.
L’adjectif « simple » concerne selon moi ce sentiment qui est vécu de manière unique, naïve et sans fards. Mais non sans complication. Car rien n’est jamais simple quand on vit les choses avec passion, qui plus est une relation amoureuse.

Annie Ernaux, Cergy, 1999. © Francesco Gattoni

Un petit mot sur l’auteur :

Annie Ernaux est une auteure contemporaine, née le 1er septembre 1940 à Lillebonne. Elle passe son enfance à Yvetot, en Normandie. Issue d’un milieu social modeste, elle fait des études en lettres. Elle devient professeure certifiée, puis agrégée de lettres modernes. Son premier roman, Les Armoires vides (1974), annonce déjà le caractère autobiographique de son œuvre. Mêlant l’expérience personnelle à la grande Histoire, ses ouvrages abordent l’ascension sociale de ses parents (La Place, La Honte), son mariage (La Femme gelée), sa sexualité et ses relations amoureuses (Passion simple, Se perdre), son environnement (Journal du dehors, La Vie extérieure), son avortement (L’Événement), la maladie d’Alzheimer de sa mère (Je ne suis pas sortie de ma nuit), la mort de sa mère (Une femme) ou encore son cancer du sein (L’Usage de la photo, en collaboration avec Marc Marie), construisant ainsi une œuvre littéraire «auto-socio-biographique».

Source : http://auteurs.contemporain.info/doku.php/auteurs/annie_ernaux

Passion simple a été adapté au théâtre en juillet 2007 par la Compagnie des Temps venus, interprété par Carole Bouillon et mis en scène par Zabo.
Le roman éponyme d’Annie Ernaux a également été porté à l’écran par la réalisatrice franco-libanaise Danielle Arbid. En salle depuis le 11 août 2021, le film a été présenté lors de la Sélection Officielle du Festival de Cannes de l’an dernier. Il nous présente un couple d’amants dont les corps amoureux, tout au long de l’histoire, se livrent avec fièvre et désir charnel l’un à l’autre.

La mise en scène respecte toute la démarche d’Annie Ernaux. Elle n’occulte aucun plan de cette relation tourmentée. On y retrouve le personnage d’Hélène, incarné par Laetitia Dosch, soumise à son désir pour Alexandre, un jeune russe marié et vivant à Moscou. Ce dernier est interprété par le danseur ukrainien Sergei Polunin. Tout au long du film se déploie l’obsession de cette femme pour cet homme qui perd ses moyens à chacun de ses appels téléphoniques. Cette passion la dévore peu à peu. Enseignante de littérature à l’université, en pleine préparation d’une thèse et maman d’un jeune garçon, l’héroïne semble être enfermée dans une bulle hors du temps où plus rien ne compte, ci ce n’est le plaisir jouissif, intense et vif de chaque rendez-vous. Cette relation adultère nous est clairement dévoilée à travers des scènes courtes où la chair des amants se dévoilent sans pudeur et avec une impérieuse ardeur qui les isole du reste du monde. Le film est une véritable émulation des corps au contact dans lequel faire l’amour devient une véritable addiction.

Notre avis : Un pari réussi pour Danielle Arbid qui pris soin d’explorer les sentiments des deux protagonistes avec succès, alors que le roman semblait être inadaptable. Un film qui mérite d’être vue, surtout si vous avez lu livre !

Laura C.

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